La mer est à l'origine de toute création et Gérard Forche l'a bien compris, lui qui
tente, toiles après toiles, d'en tracer la
mouvante ligne.
La mer de Gérard n'est pas celle de tout le monde, elle est le vaste miroir devant lequel l'artiste tente de saisir la nature
même du mystère primordial qui l'habite, le poussant à remettre cent fois l'ouvrage sur le métier pour concrétiser une vision qui, tel le flux et le reflux des marrés, ne s'avance que pour mieux
se dérober...
De ce mouvement naît le désir dans la peinture de Gérard, cet émerveillement constant, cette résignation joyeuse d'un
effleurement qui est déjà suffisamment en soi un miracle ...
Mystique, Gérard Forche ? Pas qu'il le sache ou ne l'avoue. Et pourtant ses toiles transcendent la banalité de la matière pour
nous transporter en un certain lieu reculé en nous-mêmes ou la vanité des mots cèdent la place à un silence bien plus éloquent. Une place matricielle, primitive, ou le temps s'efface comme un
tracé sur le sable pour nous laisser seul à seul avec le menaçant scandale des origines ...
Eric Binder
Au-delà de cette possibilité d’espace, de sérénité,
il y a cette limite de l’océan ou d’un rivage, d’une terre vierge, d’un mirage.
Je ne pouvais pas être au plus près de ma liberté, la sentir sur mes joues, sur mes lèvres, effleurer son écume. Je me trouve aux portes, aux origines du voyage.
L’infini est ici et les cris des goélands me rappellent ce que j’étais et ce que je suis à nouveau, là, maintenant.
Nulle part ailleurs, je ne me trouverai aussi vivant, accompagné, en sécurité, en paix que seul, sur une plage.
Au-delà d’une peinture, d’une impossible répétition,
il y a le désir, l’obsession de revenir louer la saveur, les couleurs, l’interprétation fugace d’une éternité,
saisir un mouvement, un silence, une lumière, l’évidence d’un instant d’océan, d’une rencontre unique.
GF